mardi 23 octobre 2012

Agra, le Taj Mahal, et surtout le Taj Mahal...


Bon bin cette fois non plus je ne vais pas m’étendre… Je sais, j’ai dit ça pour Delhi et je n’ai pas pu m’empêcher de tartiner, mais là, Agra, je ne vois pas trop ce que je peux en dire. Ok, d’accord, je vais faire un petit effort, histoire de commenter les très nombreuses photos qu’à la demande générale (c’est-à-dire Marianne, une fois de plus) je m’en vais poster de ce pas.

  




Agra vit le jour en 1526, grâce à l’empereur Babur « Le Conquérant » (soi disant descendant de Gengis Khan). Mais c’est sous le règne de son petit-fils Akbar, « Le Très Grand », que la ville devint la capitale de l’empire Moghol durant deux siècles, avant de se faire supplanter successivement par Fatehpur Sikri, Lahore, puis Delhi. Politicien avisé et guerrier insatiable, Akbar entreprit des réformes révolutionnaires pour l’époque et marqua le pays à jamais. On lui doit aussi bien l’ébauche de l’organisation administrative provinciale de l’Inde, l’entente et le respect séculaire entre musulmans et hindous, l’arrêt de la pratique du sati (sacrifice rituel des veuves), que la construction du Fort Rouge. Bien plus impressionnante et mieux préservée que celle de Delhi, cette énorme forteresse abrite une enfilade de palais de marbre, de mosquées et de jardins, le tout ceint par de formidables remparts de grès rouge. Le fort eut également son heure de gloire durant la révolte des Cipayes, lorsqu’une garnison britannique résista quatre mois, jusqu’à l’arrivée des renforts. Il est vraiment dommage que l’ensemble du site ne soit pas accessible au public (25 % seulement), mais la visite nous a tout de même pris deux bonnes heures, le temps pour nous d’imaginer le faste de la cour impériale et la puissance de l’armée qui en gardait les murs.











L’histoire du Taj Mahal, elle, est bien plus poétique, et dramatique ! Edifié de 1631 à 1653, ce monument parmi les plus célèbres fut dédié à l’amour. Un amour que l’empereur Shah Jahan, dernier « Grand Moghol », perdit en la personne de Mumtaz Mahal, beauté légendaire, muse et compagne de tous les instants du souverain. Fou de chagrin, il fit vœu de construire un monument à sa mémoire qui n’ait pas son pareil au monde. Comme aucun architecte du royaume n’était capable de concevoir un projet à la dimension de la douleur de l’empereur, celui-ci aurait convoqué l’architecte perse le plus célèbre et aurait tué… sa fiancée. Comprenant alors la terrible douleur du sultan (tu m’étonnes !), l’architecte fut capable d’imaginer le Taj Mahal. La particularité de l’édifice, en dehors de sa magnificence, réside dans le fait qu’il soit absolument symétrique par rapport à la tombe de la reine. Une exception toutefois : la tombe de Shah Jahan lui-même. En effet, peu désireux d’assumer les frais de construction du mausolée dont son père avait entrepris l’édification de l’autre côté de la rivière Yamuna, en face du Taj, Aurangzeb fit placer son cénotaphe à côté de celui de sa bien-aimée. Bravo l’ingratitude ! D’autant plus que ce même fiston avait détrôné son père en 1658, pour régner à sa place, et avait emprisonné le vieillard dans le Fort Rouge, des fenêtres duquel ce dernier put contempler huit années durant le tombeau de sa défunte épouse… Ah, cruauté, quand tu nous tiens !














Le Taj Mahal _ « cette larme sur la joue du temps », de l’expression même du poète Rabindranath Tagore_ est d’une beauté époustouflante. La première vision que l’on en a, passé le portail de grès qui en masque judicieusement la vue, paraît presque irréelle, comme sortie d’un rêve… ou d’Aladin au choix. Que ce soient les jardins, les fontaines, les bassins, les tours qui l’encerclent ou les deux édifices qui l’encadrent, tout est étudié pour laisser un souvenir enchanté. Samia était aux anges. Pour ma part, mon plaisir fut un peu gâché par une brume (de smog) persistante, qui enveloppait l’ensemble du site et gênait la visibilité, par la présence des nombreux et bruyants touristes qui prenait la pose un peu partout (2,5 millions de touristes par an tout de même !), et par le tarif d’entrée, s’élevant à 750 roupies pour les étrangers, contre 20 roupies pour les indiens (je vous laisse faire la différence). Je sais, je devrais être habitué, mais non, je ne m’y fait pas, c’est plus fort que moi ! D’autant plus que j’ai dû jeter mon paquet de clopes presque neuf et mon briquet, interdits dans l’enceinte, alors que je leur promettais de ne pas fumer… Non mais j’vous jure ! Cela dit, la visite était sympa, et nous a offert une parenthèse de bien-être avant de nous confronter de nouveau à ces en… de rickshaws. Hé hé hé, on ne se refait pas comme ça, hein ?













Le problème majeur avec les visites, c'est que c'est très fatigant!





Après une journée de visite intensive, et une journée de glande prononcée pour s'en remettre, dans la très accueillante Tourist Rest-House, nous voici fin prêts à reprendre la route, ou plutôt le train, à destination de Bénarès, pour ce qui devrait être l'étape la plus bouleversante de notre voyage. Attendons de voir...



Quoi! Qu'est-ce t'as, toi? Tu veux ma photo?!?

samedi 20 octobre 2012

Delhi... de fuite




Je ne pouvais pas manquer d’écrire un article au sujet de Delhi, ne serait-ce que parce que c’est la capitale du pays, mais je ne vais pas m’attarder dessus. D’une part car nous n’y sommes resté que deux jours (durant lesquels Samia n’est pour ainsi dire pas sorti de la chambre), d’autre part car entre la poussière, la pollution, la foule, le trafic, les rickshaws et les rabatteurs, la ville ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Surtout après la quiétude et la beauté des montagnes de Dharamsala. Néanmoins, il faut lui accorder une chose : elle est vivante. Au même titre que d’autres capitales, bien sûr, et que bon nombre de grosses cités, mais avec un petit quelque chose en plus. Je m’étais déjà fait cette réflexion dans certains quartiers de Dakar, Ouaga ou Bombay, sans toutefois parvenir à déterminer ce que c’était. Je crois que j’ai trouvé : ces villes sont tellement surpeuplées, et leurs habitants tellement placides face à ce phénomène, que s’en dégage (malgré le bruit et la cohue) une atmosphère joviale et bon enfant. Les gens sont tellement habitués à vivre les uns sur les autres qu’ils n’y font plus attention, et suivent le mouvement comme un bateau se laissant glisser sur les flots (putain, c’est beau). Ajoutez à cela les harangues des vendeurs, les salutations de chacun, les rires des enfants, les lumières des enseignes (souvent des guirlandes de noël) et les odeurs des cuisines (très alléchantes), vous parviendrez peut être à concevoir que l’on puisse s’y sentir bien. Ou pas.













Comme je disais plus haut, la ville est très poussiéreuse. Et polluée. L’allergie de Samia s’est donc réveillée en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « atchoum », et la pauvrette a préféré demeurer à l’hôtel pendant que je partais à l’aventure. De Pahar Ganj, le quartier animé où nous avons élu domicile (et où vont tous les « routards » de la ville d’ailleurs), je suis allé à la rencontre d’Old Delhi, essentiellement musulman, afin de visiter la mosquée Jama Masjid, le Fort Rouge, et les temples Sikh et Jaïn. Refusant catégoriquement de prendre un Tuk-Tuk, ou le métro, après avoir vu le bordel que c’était dans une station, je me suis élancé sur mes petits petons et ai traversé une bonne partie de la capitale, goûtant aux joies du bain de foule et son chaloupement rêveur. C’était fun. Surtout quand j’en suis sorti et que je me suis perdu volontairement dans le labyrinthe des ruelles de la vieille ville, jouant de ci de là avec des gosses, discutant avec des types et me faisant inviter à boire le thé.











 




La mosquée est somptueuse, du moins ce que j’en ai vu de l’extérieur. Massive, étendue et dominant les alentours de sa petite colline, elle en impose vraiment. Il est donc dommage que les connards de l’entrée tentent de racketter les touristes en leur faisant payer 300 roupies la possession d’un appareil photo. Tu as beau leur expliquer que tu ne vas pas y toucher et le laisser dans ton sac, ils vont arguer que de toute façon, tu ne peux pas entrer en short. Ce qui ne les aurait pas gêné le moins du monde si j’avais déboursé la somme demandée ! C’est incroyable ce que ces gens sont vénaux… Mais bon, le parvis était joli. Et j’ai réussi, après m’être fait refouler trois fois, à grimper sur le toit d’un hôtel adjacent pour profiter de la vue plongeante et faire du cerf-volant avec des gamins. Le Fort Rouge, quant à lui, n’est pas exceptionnel pour tout vous dire. Certes, les remparts sont impressionnants de par leur taille, leur largeur, et cette couleur ocre caractéristique du style Moghol, mais les bâtiments à l’intérieur (ceux qui subsistent) laissent à désirer. Construit en 1640 par l’empereur Shah Jahan, il servit par la suite de garnison aux anglais, qui le perdirent en une journée, en 1857, lors de la révolte des Cipayes. La vue depuis les jardins devait être superbe à l’époque, mais aujourd’hui, une grosse artère périphérique coupe l’horizon, et de toute façon, la couche de smog amoindrit considérablement la visibilité. Dommage…











Ah merde ! Il est déjà trois heures du mat, et nous avons un train dans quatre heures, avec une longue route pour arriver à la gare. Peut-être devrais-je dormir un peu… Next stop : Agra, et le fameux Taj Mahal ! Allez, à tantôt !